L’être humain, être doté de possibilités extraordinaires; l’être humain, pourvu d’un cœur, pourvu d’un esprit, est pourtant extrêmement talentueux dans l’art de se robotiser lui-même. Il se construit trop souvent un système rigide d’habitudes, un système de pensée figé, une manière d’être contraire à son essence.
La première journée d’école de mon fils, lors d'un rassemblement dans la grande salle, une enseignante a comparé le début d’une année scolaire avec le départ pour un voyage. Lorsque nous partons en voyage, nous nous ouvrons à la vie et aux possibilités qu’elle peut nous offrir. A 20 ans, je suis partie seule en voyage. Je partais à l’aventure, avec presque rien en poches, pour un temps indéterminé et sans itinéraire. Je suis partie pleine de rêves et d’espoirs mais sans attentes précises, les bras ouverts, prête à donner et à recevoir, tous les sens en alerte et le cœur joyeux. Quel voyage! Les voyages forment la jeunesse dit-on, j’y crois! Parce que j’étais si ouverte et réceptive, j’ai vécu des expériences extraordinaires, j’ai fait des tonnes de rencontres fabuleuses, j’ai appris, vu, goûté, entendu, compris…
Lorsque je suis revenue pourtant, j’ai eu une période de déprime. En voyage, je me projetais au retour comme celle que j’étais pendant le voyage. Je me voyais transformée, avec la même vie passionnante que celle que j’expérimentais en voyage. Pourtant les choses n’ont pas été comme je le croyais au retour. J’étais la même qu’avant, mais avec un peu plus de vécu, un peu plus d’expérience. Que s’était-il passé?
J’étais retombée dans mes habitudes, dans mes mécanismes. LE QUOTIDIEN. Cette habileté qu’ont les êtres humains à s’enliser, s’engluer dans des mécanismes robotiques, parce que c’est plus facile, plus confortable, parce qu’on n’y pense même plus…Je m’y surprend souvent : ne pas voir une personne qu’on connaît qui passe à côté, ne pas percevoir que notre ami(e) est triste, ne pas s’arrêter 30 secondes pour parler à cet itinérant qui aurait tant besoin de la chaleur d’un mot gentil, ne pas savourer cet instant en famille, ne pas entendre le chant des oiseaux parce que trop pris dans des pensées techniques et circulaires, bref, ne pas vivre l’instant présent et tenter d’en retirer le meilleur.
Et si on partait en voyage?!...
Chant du voyageur dans la tempête
Celui que tu accompagnes, Génie,
ni pluie, ni tempête
ne font frémir son cœur.
Celui que tu accompagnes, Génie,
fait face aux nuées d’orage,
aux tourmentes de grêle,
et chante,
comme là-haut
l’alouette.
Celui que tu accompagnes, Génie,
tu étendras sous lui tes ailes duveteuses
quand il dort sur le roc,
tu le couvriras de tes ailes tutélaires
dans le minuit de la forêt.
Celui que tu accompagnes, Génie,
dans la bourrasque de neige
tu l’envelopperas de chaleur;
les Muses aspirent à la chaleur,
et aussi les Grâces.
Enveloppez-moi de votre vol, ô Muses,
Ô Grâces!
Voici l’eau, voici la terre,
et le fils de cette eau et de cette terre,
que je traverse,
semblable aux dieux.
Vous êtes pures comme le cœur de l’eau,
vous êtes pures comme la moelle de la terre,
vous m’enveloppez de votre vol et je plane,
au-dessus de l’eau, au-dessus de la terre,
semblable aux dieux.
Traduction d’un poème de : Goethe
Christine