TU EN FAIS TROP! Responsabilité, devoir et sacrifice

C'est le devoir de chaque homme de rendre au monde au moins autant qu'il en a reçu

Se sacrifier au service de la vie équivaut à une grâce.

N’essayez pas de devenir un homme qui a du succès, essayez de devenir un homme qui a de la valeur.
                                                                                                      
Albert Einstein


Combien de fois dans ma vie ai-je entendu ceci : Tu en fais trop! Pourquoi tu fais tout ça? Tu va t’épuiser, et etc, etc…! Est-ce que j’en fais réellement trop ou est-ce que je le fais mal? Avec un peu de réflexion et 31 années d’expérience, j’ai répondu à cette question : Non! Je n’en fais pas trop, loin de là, mais je le fais mal! Si toute la terre en faisait comme j’en fais, l’humanité serait encore à l’âge de pierre! Et je l’affirme sans fausse modestie ni sans me vautrer dans la culpabilité, promis! Est-ce que les Mère Thérèsa, les Einstein, les Jeanne Mance, Louise Michel, Rudolf Steiner, Ghandi, Victor Hugo, Jorges Angel Livraga et j’en passe, de ce monde se sont demandés s’ils en faisaient trop? Non! Ils se sont demandés pourquoi ils étaient incapables de faire plus et ce qu’ils pouvaient faire pour faire plus et mieux!

Notre ère matérialiste et individualiste nous entraine dès le plus jeune âge à en faire le moins possible pour les autres et pour changer le monde. D’un autre côté, la vague New Age selon moi s’est emparée des valeurs matérialistes pour les déguiser en valeurs spirituelles. Ceci s’appelle du détournement. Avant de trouver sur mon chemin la philosophie classique, j’ai cherché une voie et lu pas mal d’ouvrages New Age pour découvrir que finalement, sur cette voie, la spiritualité et la transformation de soi n’est plus qu’exaltation de l’ego, au service du monde matérialiste! Dans cette vague, accomplissement rime avec réussite sociale et matérielle, on exalte le paraître et le faire en faisant croire que c’est ÊTRE. Vous pouvez être la personne que vous rêvez d’être! Vous avez le droit de vivre dans l’abondance, suffit d’y croire! Je suis Dieu! Écoute ton corps! Devenez maître de ceci, chaman de cela! Suffit de suivre notre cours et de passer une petite initiation par M. Untel pour la modique somme de 300$….Ça vous dit quelque chose tout ça? Et ça attire tellement de gens. Pourquoi? Parce que ça semble facile et rapide, parce que ça ne demande pas d’efforts réels et constants, parce que c’est valorisant pour l’ego, parce que c’est au service de soi-même seulement.

Et comment, dans notre société,  sont perçus ceux qui valorisent dans leur vie le service aux autres et à la communauté souvent au dépend de leur santé économique et parfois de leur santé physique? Comme des gens qui ont des problèmes psychologiques (manque de confiance, dépendance affective…)et qui doivent se soigner tout d’abord en apprenant à dire non. La réelle générosité n’est pas à la mode, le sacrifice quand à lui est une condition pathologique grave qu’il faut à tout prix se dépêcher de soigner! Nous sourions avec arrogance quand les Témoins de Jehova  nous offrent leur Réveillez-Vous et qu’ils passent à nos portes. Nous trouvons déplorable et scandaleux qu’ils donnent une partie de leur revenu pour leur communauté. Pourtant, c’est incroyable tout ce qu’on aurait intérêt à prendre exemple sur eux dans nos vies! Ils sont de vrais militants qui donnent beaucoup de temps et d’argent pour ce en quoi ils croient. Ils sont très peu mais pourtant ils arrivent, ensemble, à acheter des lieux partout. Ils travaillent sans relâche, avec discipline, constance et volonté pour leurs croyances et leur communauté.

Une communauté…savons-nous encore ce que c’est? Je ne crois pas. Nos ancêtres eux le savaient, mais il y a eu quelque part comme une coupure dans la transmission de ces choses fondamentales…Quand je constate les difficultés qu’éprouve notre école, quand je vois des familles qui ont des difficultés et qui sont seules avec leurs problème dans une école comme la nôtre, il est clair que nous ne savons pas ce que c’est qu’une communauté. Dans les communautés de nos ancêtres, si la maison d’une famille brûlait, tout le village mettait la main à la pâte pour la reconstruction, c’était un devoir. Plusieurs fois dans l’année, on se réunissait pour effectuer ensemble des tâches qui allaient servir la communauté, comme par exemple le feutrage de la laine. Celui qui refusait de participer à ces tâches ou d’aider son prochain en difficulté était perçu comme un lâche, un paresseux, un sans cœur, un égoïste. Aujourd’hui, celui qui refuse de participer à une tâche, de donner un peu de son temps, de faire quelques petits sacrifices au profit des autres est une personne trop occupée, trop stressée, qui s’occupe de sa santé parce qu’elle en fait trop, qui préfère rester à l’écart et ne pas trop s’investir parce qu’elle n’est pas d’accord avec tel choix ou telle décision…Ou encore c’est une personne qui croit qu’elle ne doit rien à personne puisqu’elle paye. Ainsi son devoir est fait, qu’on la laisse tranquille.

Quand on aime, on est capable de s’oublier un peu de temps en temps avec nos petits bobos, quand on aime,  on se sent responsable, quand on se sent responsable on a le sens du devoir, quand on a le sens du devoir, on a le sens du sacrifice et on est militant, on agit pour ce que l’on aime et pour ce en quoi on croit. Quand on aime, on a pas peur de se coucher tard  pour travailler sur un projet et aider une fois de temps en temps même si on va être fatigué le lendemain. Quand on se sent responsable, on sait qu’il nous faut donner un petit peu plus qu’une aide ponctuelle et inconstante pour faire vivre et fonctionner une communauté. Quand on a le sens du sacrifice, on sait que parfois il nous faut faire des choses qui nous plaisent moins et fournir des efforts supplémentaires. Quand on aime, on accepte qu’une collectivité est formée d’êtres humains imparfaits qui font de leur mieux tout comme nous, et qu’il ne sert à rien de rester frustré pour des pacotilles et ainsi de priver les autres de notre aide et présence précieuse.

On regarde les grands hommes de l’histoire qui ont œuvré dans tous les domaines, on lit leurs biographies, on les admire, on rêve d’être grands mais on continu d’être petit, on continu à avoir peur de faire des efforts supplémentaires, on refuse tout sacrifice, on s’isole pour ne pas avoir besoin de faire l’effort de vivre avec les autres, et on se justifie sans cesse.

J’ai envie de dire : osons être grands! Osons marcher dans les traces des géants, osons sortir de notre coquille pour regarder l’autre et lui tendre la main, osons travailler plus fort pour de nobles causes et devenir  des hommes que nos enfants pourront admirer et à qui ils auront envie de ressembler!

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Démodée la morale?

J’ai eu le plaisir récemment de découvrir une grande dame de l’histoire du Québec, Mme Henriette Dessaulles (1860-1946). Une écrivaine-philosophe, qui pendant des années a publié ses chroniques de Fadette  dans des journaux aussi  connus que Le Devoir.  Ses chroniques sont autant de petits bijoux littéraires que de perles de sagesse. Ceci m’a amené à me demander : mais pourquoi donc est-elle si peu connue? Pour une province comme le Québec qui cherche à préserver son identité culturelle, comment est-ce possible de reléguer un être d’exception tel que Mme Dessaulles aux oubliettes?

Après réflexion, je crois que la réponse est simple : ses chroniques traitent de la morale et la morale n’est pas à la mode. Dans un monde ou le bien et le mal n’existe pas puisque tout se vaut, tout est relatif et tout est question de goût et d’opinion, la morale n’a pas de place. Elle semble démodée, vieux jeu,  voir inutile.

Dans un monde où la morale n’a pas de valeur, on peut torturer des animaux sous l’œil de la caméra sous prétexte que c’est de l’art, on peut justifier la réalisation de toutes sortes de perversions qui font du mal aux autres, on peut faire n’importe quoi pour de l’argent.

La philosophie à la manière classique est une philosophie qui traite de la morale. Elle est non pas une philosophie moralisatrice, mais elle cherche la sagesse qui se loge dans le cœur du bien. Platon parlait du Bien, du Beau, du Juste, des archétypes universels qui n’on rien à voir avec les goûts, les opinions, même les croyances.  Ainsi, non, la morale n’est pas ennuyante mais elle est plutôt inspirante. Elle nous inspire, lorsqu’elle est bien traitée, à rechercher ce qui est bien, ce qui est beau et ce qui est juste.

Voilà de quoi changer le monde!

 

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LES VÉGÉTAUX

Il est facile de s'enflammer de colère contre les dommages qu'on fait subir aux végétaux et à l'écosystème. Il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre à quel point les conséquences à long terme sont dramatiques lorsqu'on parle de monoculture, de créer des espèces stériles, des pesticides et herbicides, de la coupe à blanc. Je ne vous apprendrai rien non plus en vous disant que plus les moyens de se nourrir et de se soigner sont éloignés de la source, plus les effets secondaires néfastes se font sentir sur notre santé et celle de notre planète.

 

J'aimerais plutôt me pencher sur la nature des végétaux et sur le lien que nous pourrions, que nous pouvons entretenir avec eux. J'aimerais que nous entamions ensemble une réflexion qui nous amène à nous demander individuellement: Quel est mon lien avec la nature? Est-ce un lien d'harmonie, de générosité et de respect? Est-ce que ce que ce lien est plutôt mécanique, je prends, je consomme, sans conscience, sans jamais me rappeler que ce pain que je mange vient du blé qui s'est enraciné dans la terre et qui a mûrit au soleil? Est-ce que ce lien pourrait se développer davantage, s'enrichir pour mon plus grand bien et celui de la terre?

 

Les végétaux ont inspiré et fasciné les plus grands hommes de l'histoire. Ils les ont observé, étudié, représenté dans leurs oeuvres. Sainte Hildegarde de Bingen, dans la tradition chrétienne, grande abesse et artiste du Moyen Age, était une herboriste réputée. Nous avons encore aujourd'hui accès à ses traités sur les plantes curatives. Hippocrate, dans l'antiquité grecque, celui que l'on surnomme le père de la médecine, était un herboriste. Léonard Da Vinci fut un botaniste. Goethe, philosophe allemand et poète du 19e siècle, était aussi botaniste. Rudolph Steiner, philosophe autrichien, qui a développé la culture biodynamique.

 

Pourquoi les grands hommes se sont-ils intéressés autant aux végétaux?

 

Beaucoup d'artistes aussi on donné une place centrale aux végétaux dans leurs oeuvres. Pour les romantiques du 19e siècle, la nature était l'incarnation la plus tangible du divin, Victor Hugo par exemple, Lamartine. Les peintres impressionnistes ont peint et repeint des jardins, des végétaux, Van Gogh, Monet. On admire beaucoup aujourd'hui leurs oeuvres.

 

Que sont les plantes au-delà de leur aspect biologique? Que sont les végétaux pour la terre? Anciennement, les sociétés traditionnelles et les grandes civilisations ont considéré la terre comme un organisme vivant. Il est intéressant de constater que de plus en plus de scientifiques contemporains adhèrent à cette idée. Pensons par exemple à la théorie de Gaia du géophysicien James E. Lovelock. Si nous partons de cette idée, chaque organisme vivant est constitué de divers plans, qui sont à la fois des fonctions. Nous par exemple, ne pouvons nier que nous sommes constitués d'un plan physique, le corps. Nous sommes aussi constitués d'un plan qu'on pourrait appelé vital ou énergétique, notre coeur bat, le sang coule dans nos veines, nous croissons, ou alors nous serions comme les pierres. Nous avons aussi un plan émotionnel et un plan mental. Ces fonctions sont différentes mais reliées entre elles. La terre donc, en tant qu'organisme vivant est aussi constituée de divers plans. Est-il possible que les minéraux soient le plan physique de la terre et les végétaux, le plan vital? 

 

Maintenant regardons la plante avec un oeil nouveau. Soyons un peu poètes pour nous préserver de l'aspect mécanique des choses. Dans une si petite graine est contenu tout le potentiel d'une rose, son devenir. La graine germera, ses racines se planteront profondément dans la terre, sa tige cherchera la lumière, sa fleur va éclore puis si pleine de vitalité va donner. Elle donnera son pollen puis son parfum. Et doucement, elle se flétrira et sans faire d'histoire, offrira son corps à la terre. Toute sa vie, la rose va chercher la lumière puis donner, n'est-ce pas là un exemple de sagesse et de parfaite générosité? D'ailleurs à ce sujet, il est intéressant de savoir qu'au Québec autrefois, chaque village avait son herboriste, son ''soigneux'' comme on les appelait ici, et que la mission de ces gens était d'être au service des autres autres en tout temps, nuit et jour, comme si le fait d'être un intermédiaire du règne végétal, de cultiver un lien prévilégié avec ce règne si généreux exigeait de la part des humains dévotion, générosité et sens du devoir.

 

 Il me semble que  nous puissions voir en elle aussi un exemple de droiture et de constance.  Jamais cette petite graine de rose ne deviendra arbre ou légume. Elle connaît sa destinée de rose et la suit sans dévier. Je la vois aussi parfois comme un exemple de volonté. Je pense au pissenlit par exemple, une plante médicinale extraordinaire, un don de la nature en abondance. Y a-t-il pourtant une plante plus détestée? On la tond, l'arrache, l'arrose d'herbicides, mais elle trouve toujours le moyen de pousser même dans les endroits les plus saugrenus, où on ne pouvait pas s'imaginer un instant que la nature puisse y trouver sa place.

  

L'image même de la plante semble contenir toute la sagesse du monde. Il n'est pas surprenant que nous soyons émerveillés devant elle, inspirés par elle. Il semble que nous n'ayons pas toujours besoin de chercher bien loin pour trouver des exemple de sagesse et de beauté. À nos pieds se trouve un monde de générosité, de constance et de volonté, et surtout, d'éternelle quête vers la lumière.

 

 

Je reviens à l'une de mes questions du départ: Pourquoi les grands de ce monde se sont-ils intéressés aux végétaux? Cela pourrait-il démontrer que plus on développe son intelligence, ses vertus, plus on devient sage, plus on intensifie notre lien avec la nature, et que le contraire est aussi vrai, plus on intensifie son lien avec la nature, plus on devient sage, intelligent et vertueux?

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LA LUTTE

Qu’est-ce que la lutte et pourquoi lutter?

La lutte est intrinsèque à tout être vivant sur terre. Plantes et animaux luttent pour la survie et la perpétuation de l’espèce, alors que l’être humain qui  croît dans des conditions adéquates, lutte pour quelque chose de plus grand. Un peu comme la fleur cherche à toucher le soleil, l’être humain lutte pour quelque chose d’inatteignable, quelque chose d’intouchable. C’est, je crois, ce qui fait de l’humain un Etre humain et non un humanoïde.

Nous envoyons nos enfants dans telle école, nous donnons à tel organisme, nous aidons nos amis parce que nous croyons que ceci est bon. Nous luttons chaque jour contre la circulation, les horaires chargés, la distance, la fatigue, les situations financières difficiles, parce que nous cherchons ce qui est Bon, ce qui est Beau et ce qui est Juste (principes de Platon).

La lutte est souffrante…Bouddha nous enseigne à nous détacher de la souffrance. Se détacher de la souffrance ce n’est pas chercher à ne plus souffrir,  mais c’est plutôt d’accepter que la souffrance fait partie de l’expérience humaine. Il est beaucoup plus facile d’accepter et de travailler avec la souffrance que contre. La souffrance devient alors plus tolérable. Les hommes et femmes qui ont fait avancer la Roue de l’histoire ont lutté et ont souffert. Nos luttes sont parsemées ici et là de chutes tout comme nous sommes parsemés d’imperfections. Mais que sont, pour un concertiste, les quelques fausses notes dans toute une tournée de concerts? Un simple rappel que la perfection n’est pas de ce monde et qu’il faut continuer la lutte. Ce qui lui reste réellement c’est le sentiment et la satisfaction de l’accomplissement, l’amour pour la musique, le bonheur de le partager et la certitude que la lutte en valait la peine.

La lutte, c’est se tendre comme la corde de la lyre, pour pouvoir participer au chant harmonieux du monde avec la couleur de sa propre voix…

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent

Victor Hugo

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C'est le prophète saint prosterné devant l'arche,
C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.


Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre. Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
Le sombre accablement d'être en ne pensant pas.
Ils s'appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
N'a jamais de figure et n'a jamais de nom ;
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
Ils sont les passants froids sans but, sans noeud, sans âge ;
Le bas du genre humain qui s'écroule en nuage ;
Ceux qu'on ne connaît pas, ceux qu'on ne compte pas,
Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
L'ombre obscure autour d'eux se prolonge et recule ;
Ils n'ont du plein midi qu'un lointain crépuscule,
Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
Ils errent près du bord sinistre de la nuit. 
 

Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière
Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,
Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l'on va,
Rire de Jupiter sans croire à Jéhova,
Regarder sans respect l'astre, la fleur, la femme,
Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l'âme,
Pour de vains résultats faire de vains efforts,
N'attendre rien d'en haut ! ciel ! oublier les morts !
Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
Fiers, puissants, ou cachés dans d'immondes repaires,
Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;
Et j'aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,
Un arbre dans les bois qu'une âme en vos cohues !

Victor Hugo

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La sacro-sainte liberté individuelle

Une récente conversation avec des proches m’a fait réfléchir sur un sujet que je pense capital pour l’avenir de l’humanité : la liberté individuelle. Le débat a commencé avec une critique de ma part de Guy Laliberté, un homme très admiré au Québec. On m’a dit qu’il avait dernièrement perdu 22 millions de dollars dans le jeu (poker ou quelque chose comme ça) et j’ai répondu que je trouvais cela décadent. Cela dit, je n’ai rien contre Guy Laliberté et j’aime le Cirque du Soleil, mais je l’utilise à titre d’exemple par désir de susciter des réflexions sur des enjeux de société dont, selon moi, on ne discute pas assez et qui sont fondamentaux. Les réactions que j’ai eu à cette critique étaient pour moi bien révélatrices de l’opinion publique en général, et bien le reflet de plusieurs problèmes majeurs qui sévissent dans le monde et qui sont causes de l’état de la terre et de la crise économique.  On m’a dit : Oui, mais il donne beaucoup d’argent! Et : Il a travaillé fort pour son argent, il a bien le droit d’en profiter et d’en faire ce qu’il veut…

 

Et moi je dis que ceci est vrai dans la mesure où les bases de notre civilisation sont construites là-dessus : la liberté individuelle.  La possibilité donnée à chacun de s’enrichir et :  sky is the limit! Comment est-il possible que nous acceptions, en tant qu’êtres humains, que presque toutes les richesses soient dans les mains d’une poignée de Pierres-Jeans-Jacques alors que le reste de la planète en arrache ou en crève! Guy Laliberté est, m’a-t-on dit, le 282ème homme le plus riche sur la terre, j’espère bien qu’il en donne un peu! Et qu’a-t-il fait pour être aussi riche? Il a travaillé fort, il a fait preuve de volonté, de discipline, de créativité, et il a eu de la chance! Tant mieux pour lui et j’ai de l’admiration pour les gens qui possèdent ces qualités, mais quand on parle d’autant d’argent, quand on pense qu’il a pu, sans aucunement en changer son mode de vie, jouer 22 millions de dollars alors que cet argent par exemple aurait pu transformer la vie de tant de familles de par le monde, oui c’est décadent voir dégoûtant.

Pour ceux qui ont vu Spyder Man, tous ont été un peu touchés je crois par la phrase du père : With great power comes great responsability! L’argent est très certainement un grand pouvoir et avons-nous le droit d’accepter qu’elle soit entre les mains de n’importe qui? C’est très délicat de parler de ceci puisque chacun est bien prêt à crier haut et fort… jusqu’à ce qu’il se sente lui-même concerné. Et je n’ai pas la réponse du comment : le système communiste a échoué, mais le système capitaliste aussi, il faut que les gens le comprennent et cessent de vouloir mettre des baumes sur les problèmes pour pouvoir ensuite recommencer à nouveau pareil comme avant! C’est dans les causes qu’il faut fouiller et faire du ménage, mais ça fait mal, ça fait peur, et quand ça fait mal et ça fait peur, on cherche  à se protéger, on est sur la défensive, on devient agressif et égoïste. Cette liberté individuelle, telle que comprise et acceptée dans notre société, fait de nous, êtres de désirs, des monstres d’égoïsme insatiables, prêts à beaucoup pour ne pas perdre ce que l’on a, prêts à beaucoup pour avoir plus, toujours plus, au profit de la souffrance des autres.  

J’ai regardé récemment le documentaire Wal-town, une bande de jeunes activistes qui font une tournée de l’Amérique du Nord pour sensibiliser les gens aux conséquences néfastes des Wal-Mart pour les communautés.  Le constat des jeunes était que la plupart des gens savaient, connaissaient ces conséquences et disaient y être sensibles, mais ils continuaient d’acheter chez Wal-Mart parce que c’est moins cher! Le porte-feuille d’abord et avant tout! Le peuple n’est pas sage, il suffit de regarder les nouvelles pour le comprendre. Les Guy Laliberté de ce monde ne sont pas sages non plus simplement parce qu’ils ont réussi à accumuler une fortune. Peut-on leur laisser tout ce pouvoir entre les mains? Et que peut-on faire pour une meilleure répartition des richesses de ce monde? Je suis certaine que plusieurs philosophes de l’histoire ont tenté de répondre à ces questions. À nous de les redécouvrir  et d’entamer, à la lumière de ces grands penseurs et de l'expérience de l'humanité, nos propres réflexions, fondamentales pour la construction de demain.

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Ode aux mères au foyer

Nous ne sommes pas dans une ère qui est très favorable à la famille; je suis plutôt surprise du babyboom des dernières années. La vie est de plus en plus coûteuse alors que les salaires n’augmentent pas tant que ça en proportion. Les enfants, dans les lieux publics et les transports en commun, dérangent (je me suis fait crié dessus et insulter à plusieurs reprises dans l’autobus, une jeune femme a même donné des coups de pieds à ma poussette alors que mon fils était assis dedans!). Aussi bien sûr, les femmes ont des carrières et doivent maintenir leur place sur le marché du travail, etc, etc.

 Nous avons choisi, mon compagnon et moi, de prioriser nos enfants d’abord et avant tout dans nos choix de vie et de faire ce que l’on croit être le mieux pour eux. On peut donc dire que je suis une ‘’mère au foyer ‘’ pour le moment.  Que je déteste cette expression! Ce qui me dérange c’est la connotation qu’elle a aujourd’hui, puisque l’expression elle-même est très belle dans son sens traditionnel : La femme au foyer est la gardienne du flambeau familial. Cette expression est ce qui reste de la Rome antique et de ses vestales. Les vestales étaient des prêtresses, gardiennes du feu sacré du temple de Vesta (déesse du foyer). Elles étaient dévouées à garder allumé le feu commun qui ne devait jamais s’éteindre, à entretenir ce temple primordial et inviolable, considéré comme le centre, le cœur, le symbole de l’identité collective d’un peuple. Contrairement à ce que l’on croit parfois, elles étaient grandement respectées et jouissaient de privilèges et de droits que les autres femmes n’avaient pas. C’est donc en ce sens que j’aime me considérer comme une ‘’femme au foyer’’,  comme une gardienne du flambeau. 

Par contre de nos jours, l’expression a une connotation de femme qui n’a pas d’éducation, qui n’a pas confiance en elle, qui n’est ni autonome ni indépendante. Une femme au foyer c’est une femme qui n’a pas de vie autre que son mari et ses enfants, qui vit pour ses enfants seulement, qui n’est pas active, qui n’est pas trop utile pour la société en somme…Il me reste encore des images en mémoires de femmes au foyer que j’ai connu dans les années 80-90, qui passaient une bonne partie de leurs journées à regarder des traductions de soap américains à la télé pendant que leurs enfants étaient à l’école. Ce modèle semble gravé dans l’inconscient collectif, si bien qu’on m’a dit dernièrement, spontanément, alors que je parlais de ma situation : ‘’ne t’inquiètes pas, ça va passer, ils vont grandir!’’ et que j’entends encore et encore des phrases du genre : ‘’mais je n’ai pas le temps, je travaille moi!’’ et aussi : ‘’moi je ne serais jamais capable de rester à la maison, je m’ennuierais!’’

Selon moi, choisir de ne pas travailler pour rester avec ses enfants pour un temps n’est ni ennuyeux, ni désespérant, ni inutile à la société.  Loin de là. Lorsque j’ai eu mon premier enfant, j’étais plutôt seule dans mon entourage à avoir des enfants, je me suis donc tourné vers les centres communautaires qui offrent des activités et de l’aide aux familles. J’y ai découvert tout un monde de mamans qui se relèvent les manches pour donner du temps à ces organismes qui sont parfois d’importantes bouées de sauvetage à des familles en difficulté. Lorsque mon fils a commencé l’école, j’y ai rencontré plusieurs mamans à la maison qui s’impliquent avec beaucoup de générosité à l’école de leurs enfants. Ces mères qui travaillent si fort et qui sont si importantes à nos communautés ne sont pas reconnues et travaillent dans l’ombre. Elles ne demandent pas à être reconnues mais le mériteraient pourtant. Elles sacrifient souvent plusieurs choses pour faire ce qu’elles font, pour le bien des enfants et de leur communauté.  Plus souvent  qu’autrement, c’est le confort matériel qui est sacrifié, et oui, il faut être fou de nos jours pour ne pas être deux parents qui travaillent lorsque le salaire du papa est dans la moyenne.  Donc oui, évidemment, il y a des sacrifices à faire…Mais n’y a-t-il pas aussi beaucoup de sacrifices à faire lorsque qu’on a des enfants et qu’on travaille? N’est-elle pas exigeante pour les parents, et extrêmement  dure à vivre pour les petits, cette routine du métro -boulot -dodo? Et quelle place, quel temps reste-t-il à la mère qui travaille pour réfléchir, se questionner, se chercher ...se trouver…

C’est souvent tout un pan très important de l’existence qui doit être mis de côté, puisque la vie, la vocation, la réalisation de soi ne relève pas uniquement de la profession, du travail. Loin de là! Il y a la vie de famille et de couple certes, et la plupart des gens se contentent de ces deux aspects de l’existence dans la mesure où ils ont la possibilité de se divertir un peu à travers tout ça : Télé, vacances, quelques voyages, quelques passe-temps, et voilà la vie qui passe….Et c’est exactement ce que nous propose sans cesse les médias autour de nous. Pourtant…il y a de plus en plus de dépressions, de problèmes de santé mentale, de burn-out, de détresse chez les jeunes. Ce n’est donc pas tout le monde qui est bien là-dedans. Peut-être donc  y a-t-il d’autres réponses, d’autres façons de vivre, d’autres façons de se réaliser et de s’épanouir que par la profession, la famille et le divertissement?

Rester à la maison avec les enfants, non, ce n’est pas de tout repos, ce n’est pas toujours drôle ni facile, mais c’est aussi merveilleux.  C’est merveilleux de réfléchir dans le calme et le silence, avec son enfant endormi dans nos bras, qui sent si bon et qui a l’air d’un ange. C’est merveilleux d’accueillir son plus grand de l’école à bras ouverts, avec une collation et du temps pour se préoccuper de la journée qu’il a eu. C’est merveilleux de pouvoir sortir le soir pour prendre un cours ou faire toute autre chose qui nous passionne sans aucune culpabilité parce qu’on ne voit pas assez nos enfants. C’est merveilleux de pouvoir s’impliquer dans la vie de l’école de son enfants et ou dans sa communauté. C’est merveilleux de respecter le rythme de notre plus petit qui grandit si vite et qui n’a pas envi d’être si rapidement lancé dans un rythme exigent.  C’est merveilleux de prendre le temps de VIVRE. Vivre avec un grand V. Pas la vie plate qui ne consiste qu'à travailler toujours plus pour consommer et se divertir, mais celle qui a un sens, qui nous mène quelque part, dans un quelque part lointain et mystérieux qui nous appelle, nous attire et nous pousse; un là-bas, dans le pays de nos ancêtres et de nos descendants tout à la fois. Une destination unique à chacun mais pareille aux autres dans ses racines. Sa propre voie, au-delà de la petite condition humaine…

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nos prisons

Être de libres penseurs… quel bel idéal mais o combien difficile à atteindre!  Y-a-t-il  réellement des libres penseurs dans notre société? Quelques-uns, peut-être…Ils sont bien rares du moins. S’il y en a qui se disent tout à fait libres, j’aimerais bien les questionner un peu!  

Qu’est-ce qui fait d’une personne un libre penseur?  Quelqu’un, je crois, qui d’abord a une vision globale de la vie et du monde (déjà là!).  Avoir une vision globale c’est se placer au-dessus du monde tangible, et de le faire avec sa conscience, c’est donc élever sa conscience. Si j’arrive dans une nouvelle ville, que j’y suis depuis peu, que j’en ai fait une visite sommaire, je peux croire que je connais cette ville, j’en connais l’apparence, l’emplacement de la bibliothèque, de l’hôpital, de l’hôtel de ville par exemple, le style d’architecture en général, les couleurs des bâtiments; et si par la suite je monte au sommet d’une montagne voisine à la ville et que j’observe cette même ville de là-haut, c’est toute une autre perspective que j’en aurai. Je verrai que les plus vieilles habitations ont été placées en bordure d’une petite rivière par exemple, je comprendrai peut-être ce qui a poussé les fondateurs de la ville à en concevoir le plan d’une telle façon, je pourrai réellement avoir une meilleure idée d’ensemble sur les lieux physiques de cette ville et même peut-être sur sa personnalité. Il en est de même pour avoir une vision globale, il faut s’élever. En élevant ma conscience, je développe mon intelligence et j’élève et raffine mes sentiments, ce qui me permet de mieux comprendre la vie, les autres, le monde.  

On peut facilement croire, parce que l’on vit un peu à contre-courant peut-être des idées qui circulent en majorité dans notre société, que l’on est libre-penseur, et pourtant, il en faut tellement plus que cela. Se libérer de nos chaînes est le travail de plusieurs vies! Ce dont il faut prendre conscience c’est de ces mêmes chaînes, tout commence là, par la prise de conscience. Socrate disait : La seule chose que je sais c’est que je ne sais rien. On est bien loin du milieu ambiant actuel où domine le culte de l’ego! Socrate aussi à son époque était à contre-courant, dans une Grèce en décadence.  Il a été obligé de boire la cig à cause du culte de l’ego justement. Le pouvoir en place le voyait comme une menace.  

Bien sûr, il y en a qui sont plus libres que d’autres, Rudolf Steiner et Jorges Angel Livraga en étaient certainement de ceux-là. Mais l’important pour le commun des mortels, c’est de chercher à suivre les traces des grands sans s’illusionner sur notre propre grandeur, et de briser une à une, par la force de notre volonté,  ces chaînes qui nous rendent esclaves des idées préconçues, des opinions toutes faites, des préjugés, de l’ignorance.

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Les désirs

Le bonheur ne dépend pas, comme tente de nous le faire croire notre société de consommation, de la réalisation de nos rêves et de l’accomplissement de nos désirs. Le livre Le Secret, tant qu’à moi, peut bien rester sur les étagères des adeptes du ‘’New Age’’, il ne viendra pas dans ma bibliothèque. D’un autre côté, les êtres humains sont des êtres de désir et il ne sert à rien de tenter de ne plus désirer, ou d’ignorer nos désirs. C’est ce que l’Eglise Catholique a tenté de faire au Quebec il n’y a pas très longtemps, en faisant croire à nos grand-parents qu’il était mal de désirer les plaisirs de la chair, qu’il était mal de désirer avoir plus d’argent, qu’il était mal pour une femme de souhaiter un minimum d’autonomie et d’émancipation. Ceci a conduit à du refoulement, à des frustrations, et finalement, au rejet total de la religion et des principes moraux qu’elle enseigne. Ceci a conduit à jeter, comme on dit, le bébé avec l’eau du bain.

Plusieurs philosophes de l’Antiquité, ainsi que les philosophies orientales, parlent plutôt de la purification des désirs. L’être humain est un être de désir, mais il peut désirer mener une vie oisive de consommation, dans le luxe et les excès, ou il peut désirer s’améliorer, cultiver son esprit, faire le bien autour de lui, être un moteur de changement positif. Chez l’enfant, ceci passe d’abord par un authentique art de l’éducation, comme le dit Steiner; mais chez l’adulte, lorsqu’il porte en lui cette petite graine du désir de devenir meilleur, il doit, par la discipline et la volonté, non par le refoulement, chercher à cultiver des désirs supérieurs au contact de la beauté (l’art par exemple), et tenter de pratiquer la modération dans la satisfaction des désirs matériels, entre autre en ne répondant pas immédiatement à un désir d’ordre matériel dès qu’il se présente. Il s’agit d’éduquer, par ce qu’on a de plus grand: l’esprit, notre petite personnalité qui ne demande qu’à en faire à sa tête. Ça semble simple, simpliste même, mais essayez donc pour voir et dites m’en des nouvelles. La base des grands enseignements philosophiques est construite là-dessus parce que c’est là que tout commence : devenir maître de soi. Alors seulement nous pourrons espérer goûter un jour un peu de ce nectar des dieux, que notre héros Heracles, qui fut d’abord homme, a pu goûter…

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LES MÉCANISMES

L’être humain, être doté de possibilités extraordinaires; l’être humain, pourvu d’un cœur, pourvu d’un esprit, est pourtant extrêmement talentueux dans l’art de se robotiser lui-même. Il se construit trop souvent un système rigide d’habitudes, un système de pensée figé, une manière d’être contraire à son essence. 

La première journée d’école de mon fils, lors d'un rassemblement dans la grande salle, une enseignante a comparé le début d’une année scolaire avec le départ pour un voyage. Lorsque nous partons en voyage, nous nous ouvrons à la vie et aux possibilités qu’elle peut nous offrir.  A 20 ans, je suis partie seule en voyage. Je partais à l’aventure, avec presque rien en poches,  pour un  temps indéterminé et sans itinéraire. Je suis partie pleine de rêves et d’espoirs mais sans attentes précises, les bras ouverts, prête à donner et à recevoir, tous les sens en alerte et le cœur joyeux. Quel voyage! Les voyages forment la jeunesse dit-on, j’y crois! Parce que j’étais si ouverte et réceptive, j’ai vécu des expériences extraordinaires, j’ai fait des tonnes de rencontres fabuleuses, j’ai appris, vu, goûté, entendu, compris…

Lorsque je suis revenue pourtant, j’ai eu une période de déprime. En voyage, je me projetais au retour comme celle que j’étais pendant le voyage. Je me voyais transformée, avec la même vie passionnante que celle que j’expérimentais en voyage. Pourtant les choses n’ont pas été comme je le croyais au retour. J’étais la même qu’avant, mais avec un peu plus de vécu, un peu plus d’expérience. Que s’était-il passé?

J’étais retombée dans mes habitudes, dans mes mécanismes.  LE QUOTIDIEN. Cette habileté qu’ont les êtres humains à s’enliser, s’engluer dans des mécanismes robotiques, parce que c’est plus facile, plus confortable, parce qu’on n’y pense même plus…Je m’y surprend souvent : ne pas voir une personne qu’on connaît qui passe à  côté, ne pas percevoir que notre ami(e) est triste, ne pas s’arrêter 30 secondes pour parler à cet itinérant qui aurait tant besoin de la chaleur d’un mot gentil, ne pas savourer cet instant en famille, ne pas entendre le chant des oiseaux parce que trop pris dans des pensées techniques et circulaires,  bref, ne pas vivre l’instant présent et tenter d’en retirer le meilleur.

Et si on partait en voyage?!...

Chant du voyageur dans la tempête

Celui que tu accompagnes, Génie,

ni pluie, ni tempête

ne font frémir son cœur. 

Celui que tu accompagnes, Génie,

fait face aux nuées d’orage,

aux tourmentes de grêle,

et chante,

comme là-haut

l’alouette. 

Celui que tu accompagnes, Génie,

tu étendras sous lui tes ailes duveteuses

quand il dort sur le roc,

tu le couvriras de tes ailes tutélaires

dans le minuit de la forêt. 

Celui que tu accompagnes, Génie,

dans la bourrasque de neige

tu l’envelopperas de chaleur;

les Muses aspirent à la chaleur,

et aussi les Grâces. 

Enveloppez-moi de votre vol, ô Muses,

Ô Grâces!

Voici l’eau, voici la terre,

et le fils de cette eau et de cette terre,

que je traverse,

semblable aux dieux. 

Vous êtes pures comme le cœur de l’eau,

vous êtes pures comme la moelle de la terre,

vous m’enveloppez de votre vol et je plane,

au-dessus de l’eau, au-dessus de la terre,

semblable aux dieux.

Traduction d’un poème de : Goethe

Christine

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Leadership, mémoire et idéalisme

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Pour la première fois, j’ai tenu à écouter l’inauguration du nouveau président américain. Je voulais être témoin de ce qui m’apparaît comme étant un moment historique. J’ai été émue….Il m’est même venue de soudaines envies d’émigrer au États-Unis! Qui l’aurait cru? Moi qui jusqu’à tout récemment, comme beaucoup de québécois, avait la critique facile face à ce pays de Georges Bush, sa Floride souvent excessive et de mauvais goût, ses ghettos d’oubliés (ou d’ignorés), sa malbouffe, son nombrilisme, son star système et j’en passe…

 

Cette inauguration m’a fait découvrir, ou redécouvrir, la flamme et la force américaine. Le discours d’Obama (et même de d’autres intervenants au cours de l’inauguration) m’a fait verser quelques larmes, a fait revivre en moi, l’espace d’un instant, l’élan idéaliste, cet élan qui fait les révolutions, qui bâtit les pays, qui conquiert, qui combat l’injustice, en un mot, qui fait de nous des Hommes avec un grand H. Parlez-moi d’un peuple qui sait élire un vrai leader, c’est-à-dire quelqu’un à qui on a envi e de faire confiance, quelqu’un qu’on a envie de suivre, quelqu’un qui par ses actes et par quelques mots seulement, vous donne envie de donner le meilleur de vous-même. Quelle figure faisons-nous à côté, pauvres canadiens! Qui s’est précipité devant son écran pour écouter les discours de Harper, ou Chrétien? Et si vous l’avez fait, en avez-vous déjà ressenti de la fierté, une folle envie de les suivre et de leur faire confiance parce qu’ils ont su éveiller en vous ce qu’il y a de bon, comme un vrai leader devrait pouvoir le faire?

 

Parlez-moi d’un peuple qui se souvient de son histoire et qui en est fier. Avant et après les élections américaines pour la présidence, j’ai entendu des commentaires autour de moi au sujet d’Obama du genre : ‘’on verra, je n’y crois pas, il a l’air trop parfait, la machine derrière est trop grosse, il ne pourra pas faire de réels changements’’, etc, etc. À mon avis, ceci est typique d’une attitude très courante au Canada; une attitude blasée et cynique qui ne croit en rien, et surtout qui souffre d’une grande amnésie. En effet, ne pas croire dans le changement, c’est oublier nos ancêtres, avec leurs batailles, leurs revendications, leurs combats. Ces colons qui sont venus s’établir dans un nouveau monde si hostile, avec de grands rêves de liberté, des rêves de belles et grandes civilisations nouvelles; ces femmes qui se sont tant battues pour ces droits que nous prenons pour acquis aujourd’hui; ces rêveurs et ces bâtisseurs d’hier qui ont osé croire, se battre et espérer. Les oublier, c’est mourir à petit feu en tant que peuple, c’est couper le fil précieux qui nous relie à nos origines, et plus concrêtement, c’est s’assurer une rébellion et beaucoup beaucoup de souffrance chez nos jeunes, qui ont tant besoin de racines et d’exemples, qui ont tant besoin de rêver, d’espérer et de croire….

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